Interview de Jeff Bergey

Il y a environ un mois sortait « Carnet de voyage sur ton corps » l’ultime livre de Jeff Bergey. Il nous a honoré de sa présence pour répondre à cette interview et on le remercie.

 

point violet  Quelle est ta source d’inspiration ?

réponse bleu  Mon vécu, ma vie détruite sur beaucoup de choses, depuis mon plus (tendre) enfance. En fait, je suis devenu écrivain par accident. Accidents de la vie, accidents avec les autres, accidents avec tout le monde et le monde en général. Je ne me sens pas écrivain, j’ai dépassé tout ça. Je me sens plutôt comme un chroniqueur. Un chroniqueur sur l’existence, sur la vie, ce monde à la con… des choses sur lesquelles beaucoup de gens se retrouvent. Car, écrire sur le vécu, n’est pas gratuit. Il faut mettre sa peau sur la table, il faut savoir coucher son sang sur la page et il faut le payer très cher, très durement. Même si cette page n’aime pas ça. Et elle vous le dit très souvent. Et c’est très dur moralement, physiquement d’y mettre sa peau sur le papier, j’en sais quelque chose aujourd’hui, je le paye très durement, car cela vous ramène à des histoires vécues que vous souhaitez refermer. Mais la feuille est assassine, perverse, elle vous éprouve beaucoup sur chaque mot que vous couché, sur chaque phrase que vous étalé sur le papier.

C’est pour ça que beaucoup d’écrivains ne veulent même pas y tenter le Diable comme moi je l’ai fait, ainsi que quelques, très rares autres écrivains. Cela peut vous emmener à la folie, voir à la mort. En fait, je suis venu à l’écriture quand j’étais chanteur dans différents groupes de métal gothique il y a quelques années et qui ont connus un certain succès. C’est pour cela aussi que créer son style propre dans l’écriture des livres est important. Le petit plus d’être un ancien chanteur, c’est que je connais la petite musique, la petite mélodie des mots, des phrases, des couleurs, du vécu que l’on veut coucher sur la feuille. Il faut que cette dernière souffre autant que vous souffrez. Il faut savoir saigner avec sa plume, si on veut toucher le lecteur. Il faut que ce dernier ressente la mélodie que vous avec couché sur le papier. C’est peut-être ça qui fait aussi mon style atypique modestement, car comme beaucoup d’écrivains, je ne viens pas du sérail au style « académique » et je rajouterais qu’il ne faut pas être très bien dans sa vie pour se mettre dans l’écriture des livres, faut pas être normal, être à poil, émotif… et ne pas aimer la vie, comme moi je ne l’aime pas. Quand on aime la vie… beh, on n’a pas besoin d’écrire, car on n’écrit pas le bonheur… on l’écrit quand on l’a perdu. Si le bonheur pouvait me rattraper aujourd’hui, eh bien j’arrêterai d’écrire. Punaise, et cela je l’espère de tout cœur MAINTENANT pour moi.

point violet  Dans quel style littéraire ne te vois-tu pas écrire, et pourquoi ?

réponse bleu  Dans l’imaginaire… cela me laisse totalement froid sur le thème. Beaucoup de livres avec des histoires remplies de vide. Insipide. Il n’y a pas de style dans la plume. Personnellement, c’est un thème qui me laisse complètement de marbre. Après ce n’est qu’un avis personnel.

 

point violet  Si tu pouvais réaliser 3 vœux ça serait lesquels ?

réponse bleu Beh, que le bonheur de la vie, m’arrive cette année 2019, au moins je n’aurais plus rien à écrire, à dire, à faire question littérature. Cela me permettrait d’arrêter d’écrire, car comme je l’ai déjà dit, on n’écrit pas le bonheur, on l’écrit quand on l’a perdu.

 

point violet  Le coup de foudre littéraire, ça existe ?

réponse bleu  Beh, il est très difficile de trouver des écrivains qui ont du style, de l’émotivité. C’est important l’émotivité… surtout à notre époque. On en manque cruellement de l’émotivité. Une époque qui sent déjà les prémices d’une fin de siècle, d’une fin de quelque chose. Donc, un certain génie. C’est très rare, d’avoir du génie, du style. Les auteurs d’aujourd’hui je trouve, ne cherche pas à inventer un style, son propre style dans la plume, une esthétique dans l’écriture. Ils, elles, préfèrent la facilité, rester dans une case, s’en vouloir en changer. Exemple, je suis romancier, alors j’écris des romans, je suis nouvelliste… alors j’écris des nouvelles, je suis poète, alors j’écris des recueils de poésies. Mais, je vous dirai que même les éditeurs sont dans cette forme de pensée et cela est bien dommage. C’est peut-être aussi un peu pour cela que les gens lisent de moins en moins.

Pour moi, un seul sort du lot, Louis-Ferdinand Céline… Ah ! …c’est le meilleur de tous les temps.

Il a réinventé le roman, la poésie dans un certain sens.

Peut-être un peu Michel Houellebecq, quand il écrit sa poésie. Il y a un certain style qui colle bien à notre époque.

Bien que personnellement, je ne viens pas du sérail classique et académique comme la plupart de mes collègues écrivaines et écrivains, je me répète mon inspiration vient de mon vécu. Je suis musicien aussi, comme je vous l’ai dit au début, donc c’est plus des chanteurs poètes écrivains qui m’ont touché dans leurs styles de plume, exemple : Nick Cave, Jim Morrison, d’autres. Aussi des poètes m’ont percuté, Baudelaire, Villon, de Nerval, Charles Maurras. Robert Brasillach pour ses poèmes de Frênes. En fait, je suis empoisonné de mots et maux en poésie. J’en suis infecté, du fait de ma vie, de mon enfance.

 

point violet  Que ressens-tu lorsque tu écris le mot fin ?

réponse bleu Beh, je me sens très fatigué, épuisé même, mais pas vidé. Pour le dernier, « Mémoires d’un homme postmortem. » je l’ai écrit en une nuit, je pleurais beaucoup, j’avais l’impression de perdre la raison, il a failli me tuer celui-ci, car il fallut m’hospitaliser, pour une deuxième tentative de suicide. Vous savez, mon « style » modeste et mes écrits sont très durs pour moi, de ressasser ces choses vécues, récentes et très présentent pour moi. C’est pour ça que très nombreux les auteurs ne veulent pas s’aventurer dans le vécu, dans la recherche d’un style, cela demande beaucoup d’isolement, de solitude, un certain conditionnement, une discipline à fin, comme si le dernier mot de fin était la balle qui va vous tuer. Car, quand vous écrivez, vous êtes en sursit, encore un peu vivant, mais quand le dernier mot de fin arrive, c’est comme un dernier souffle que vous jetez sur le papier. Pour mon prochain livre « Carnet de voyage sur ton corps », j’ai mis 5 ans à l’écrire, usé, fait et refais et re refais plus de 4 manuscrits pour obtenir ce que je voulais. Et puis, c’est mon ultime et dernier livre, après je serais soulagé et tout sera fini.

 

point violet  Es-tu ami(e)s avec d’autres auteurs ?

réponse bleu  Beh, je dois avouer que pas vraiment. J’aime la solitude, le calme, l’isolement. Même si nous avons des thèmes tout à faits opposés, il y a bien une auteure, qui humainement j’apprécie beaucoup, c’est ma chère amie Sara Greem, ce n’est pas pour rien que je lui ai demandé d’écrire ma préface de mon ultime et dernier livre qui paraîtra en fin février « Carnet de voyage sur ton corps », une ôde romantique, sensuelle dédié à toutes les femmes… et peut-être qui sait ? A la femme qui sera la femme de ma vie, si bien sûr, mes écrits ne m’auront pas tués avant ?

 

Il est arrivé le temps de nos deux ultimes questions…

 

point violet  Si tu étais “SuperWritor”, quel serait ton pouvoir ?

réponse bleu  Beh, je ne cherche pas à avoir des superpouvoirs, ni d’être un “SuperWritor” ni à la recherche d’une célébrité, d’un prix littéraire.

Ni à la recherche d’une gloire.

La seule chose qui m’aspire aujourd’hui, plus de joies, de bonheur, donc, moins d’écriture, moins de livres et pourquoi ne pas trouver l’amour, le vrai avec la femme qui sera la femme de ma vie. J’espère surtout que l’écriture n’aura pas ma peau, sinon il faut qu’elle le paye cher, très cher, car quelque part, mon écriture est une sorte de survit, un combat, un dernier combat pour rester en vie aujourd’hui. Et Dieu sait si je ne baisse pas encore les bras.

C’est peut-être sombre, triste, désespéré, mais c’est quelque part une certaine forme de positivisme, un dernier souffle de vie dans l’écriture, je vis mon écriture, un espoir de rester ici, en vie dans cette vie que je n’aime pas et que je n’ai jamais aimée d’ailleurs depuis ma plus « tendre » enfance.

Et pour conclure,

point violet  Un petit mot pour tes lecteurs ?

réponse bleu Beh, un petit extrait d’un texte inédit en guise de mots de fin…

« Pourtant… pourtant ! … s’ils, elles savaient… que notre vie est un voyage… À chaque escale que nous faisons… une histoire… avec ses rimes… ses vers à la Prévert… ces peu de joies et beaucoup de déception… même si ces dernières… sont nombreuses, tumultueuses à souhait… à chaque escale… une nouvelle vie… un déchirement… un nouveau voyage… un nouveau départ. Même si parfois, on regarde en arrière… avec des regrets… les mains collaient à la fenêtre… regardant les yeux remplis de larmes… de rares et doux visages… que nous avons aimaient… et qui s’effacent dans la nuit… puis, à la prochaine escale… s’effacent… s’oublient… et que même l’histoire… notre histoire… ne repasse pas les plats… prenons le temps de vivre… l’amour, le vrai… l’essentiel. Même, si la mort n’est pas la fin… et que toutes les larmes… ne sont pas un mal… Gardons !… en mémoire, que la mort n’est qu’un autre chemin… solitaire.

Car, nous savons tous… qu’à la fin de notre voyage… les yeux fermés à jamais ! à la dernière escale… que tout sera fini… Même si nous savons tous qu’un jour… nous nous retrouverons… pour y vivre… l’éternité en être désincarné… profitons tous ! … surtout… de l’être aimé de notre vie… de notre réalité… aujourd’hui ! Car, peut-être… que bientôt… il sera parti… il sera trop tard… et tout sera fini.

Parce que… vivre avec des regrets… c’est se tuer chaque jour… un peu plus ! »

Jeff Bergey.

Extrait de :

Cosmopolitis.

(Essai)

© 2018 – Tous droits réservés.

 

Vous pouvez retrouver Jeff Bergey sur :

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